dimanche 26 octobre 2014

OLD-NEW 09-10 2014 Les histoires de Laura VS les promos de Michel-Edouard (le prix ou la story?)

Septembre-octobre. Surtout des vendanges dans le vieux monde, si vous voulez de beaux récits c'est ici. Au passage Bravo Vincent d'avoir rassemblé ces témoignages : c'est de la com' mais de la vie aussi.

Toutefois, la Grande Distri ayant une puissance médiatique d'avance sur les autres canaux de vente (regrettons-le ou pas, mais c'est comme ça), ce sont encore les foires aux vins, et leurs lots de "bonnes affaires", qui ont fait le plus de bruit. Le Vieux Monde, pendant deux mois, semble se figer sur la dimension-prix. Pourtant, vous le savez bien, et si ce n'est pas le cas je vous le dis, le vin n'a pas de prix : il a une cote.

/kɔt/

Le système AOC, quand il est couplé à une hiérarchisation claire, structure en effet les gammes de vins, définit une fourchette de prix dont peu de vignerons au final s'écarte. La pratique de la cotation se renforce avec le temps, les écarts se creusent ou se resserrent, mais ils demeurent. Entre un Vosne-Romanée Village (env. 30€) et un Vosne-Romanée 1er cru les Suchots (env. 70€) la marche est haute, et pourtant la route n'est pas très large...


Sauf que plusieurs exemples pris ci et lors des dernières FAV me laissent penser qu'un certain nombre d'opérateurs n'hésite plus à prendre des largesses avec leur cote chèrement acquise au cours du temps (et donc des risques pour leurs appellations et pour eux-mêmes).

Parfois même, le prix descend plus bas encore en magasin.



Que penser des "Fiefs de Lagrange", second vin de Château Lagrange à St Julien, Grand Cru classé 1855, qui par le jeu des remises termine dans le caddie à 9.95€? Aux prix d'un Puisseguin St-Emilion, quoi...


Le business dans son expression la plus primaire : voilà ce qui ressort de cette rentrée dans le vieux monde.

Mais heureusement le vin dépasse le contexte marchand, le premier des 4P si cher à Kotler, c'est d'ailleurs là qu'il excelle, et le Nouveau Monde ce mois-ci nous le rappelle. Ironie du sort, il s'agit en retour d'une belle leçon de marketing*.

A ce sujet, Laura Catena, du domaine éponyme, m'a particulièrement "ému" en évoquant sa grand-mère lors du #worldteachersday le 5 octobre dernier. A aucun moment elle ne parle de vin, et pourtant....

On I celebrate my teacher grandma and Thank all my - watch this video

Dans le train, je venais de lire les conseils de Vargas Llosa** :

"C'est le grand triomphe de la technique romanesque : atteindre l'invisibilité, être si efficace dans la construction de l'histoire tout en couleur (...) qu'aucun lecteur ne s'apercevra plus de son existence,car, gagné par le charme de travail d'orfèvre, il n'aura pas l'impression de lire, mais de vivre une fiction (...) réussissant à supplanter la vie."

Le prix Nobel de littérature, livrant ici ses conseils à jeune romancier, dit à peu de choses près ce que le gourou du marketing Seth Godin évoque, non sans génie à son tour, quand il publie son essai qui a fait le tour de la planète : "Tous les marketeurs sont des menteurs (racontent des histoires)"***

Mais alors que suis-je : un romancier ? un marketeur ? un amoureux du vin ? Ou les trois à la fois ?

*le marketing du vin : oui, ça existe (à partir du moment où il faut bien vendre/acheter)
**Lettres à un jeune romancier, coll Arcades, ed. Gallimard
***All Marketers are liars, ed. Penguin

mercredi 27 août 2014

OLD-NEW 08 / 2014 : Partage, Nouvelle Page et Dérapage

Chers Lecteurs,

C'est la rentrée et votre cave est vide. Alors autant la remplir de nouveautés. Prenez exemple sur Melon de Bourgogne. Cet été (oui, j'ai bien dit été), le blog fait peau neuve avec une première rubrique mensuelle (woow) intitulée : "OLD/NEW" qui traitera de l'actualité économique du monde du vin à travers le prisme "Vieux Continent / Nouveau Monde".  Dans un souci de clarté et de modération je me limiterai ce mois-ci à 3 verres. Cheers !

NEW 11.08 - Premiers vins issus de l'économie du partage

L'idée vient des États-Unis : faire réaliser un vin entièrement par les internautes. "Crowdsourced Cabernet" est une expérience lancée par le domaine Columbia Crest situé en Oregon, dans le coin Nord-ouest du pays. La même semaine, un domaine de la Sonoma Valley proposait une expérience similaire mais avec les cépages pinot noir et chardonnay, et au cours d'un processus menant à des choix plus individuels. Pour sa part, Columbia Crest a choisi de bloquer un peu plus de 2 ha de Cabernet pour réaliser 1000 caisses de ce vin collaboratif. Buzz assuré. A quand l'expérience en France?



OLD/NEW 10-22.08 - Décès de trois grandes figures mondiales du vin

Le mois d'août a vu s'achever 3 destins fascinants, rocambolesques et qui se terminent en success stories exemplaires.

Maria Casella : le 10 août disparaissait la co-fondatrice de Casella Wines, domaine australien souvent cité en modèle pour la formidable percée de sa marque Yellow Tail (plus d'un milliard de bouteilles vendues depuis sa création en 2001!). Un formidable exemple d'intégration pour cet immigrée italienne.

Casella Wines - CA 2013 : 245 millions d'euros

Nicolas Feuillatte : le même jour décédait Nicolas Feuillatte qui a donné son nom à la plus grande coopérative de Champagne. Ex-négociant en café, il acheta 12 hectares de Champagne en 1972. Aujourd'hui la CV-CNF en contrôle plus de 2300.

CN-CNF - CA 2013 : 209 millions d'euros.

Philippine de Rothschild : partie le 22 août dernier, la baronne était une des personnalités les plus respectées de Bordeaux. Propriétaire de l'emblématique Mouton-Rotschild, elle fit sa réputation par des partenariat fructueux (Opus One en Californie avec Robert Mondavi, Almaviva au Chili avec Concha y Toro), après un début de carrière sur les planches de théâtres.

BPDR - CA 2013 : environ 200 millions d'euros.

Maria
Nicolas
Philippine











OLD 24.08 - La cuvée du redressement ou du remaniement?

Ce fut la star de dimanche dernier. Après la marinière Armor Lux en 2013, le placement produit de cette année était le Bourgogne Côte Chalonnaise! En ces temps de défiance de nos politiques vis-à-vis du monde vigneron, saluons cette bravade courageuse du désormais ex-ministre de l'économie Arnaud Montebourg. Je n'ai pas eu de commentaires quant à la dégustation de cette fameuse "cuvée du redressement" réalisée par la cave coopérative des vignerons de Bissey-sous-cruchaud (1000 bouteilles, 500 blancs et 500 rouges) mais nul doute qu'elle fit quelques jaloux, pour certains très haut placés. Bien entendu, le grenache blanc n'allait quand même pas se laisser flinguer par quelques pinots rebelles, comme en son temps par le melon, et l'histoire se termina par une sortie de route pour état d'ivresse (politique ).

Tchin-tchin ! crédit photo : le Parisien

mardi 5 août 2014

Jeu de mots et jeu de barriques

C'est mon premier post 100% spiritueux. Il fallait bien un homme de la trempe de Laurent Noyer pour me convaincre de m'intéresser au sujet plus en détail. Un passionné des eaux-de-vie comme certains le sont de vins dits tranquilles. Mais Laurent n'est pas tranquille. Il est même surexcité et à vrai dire, il y a de quoi : il est en plein lancement de son entreprise. Et nous, comme nombre d'amateurs-entrepreneurs n'ayant pas (encore) franchi le cap de la création, on a hâte d'en savoir plus sur Reyon, sa marque d'eaux-de-vie premium. Oui, Reyon, un anagramme qui fleure bon l'humour pour quelqu'un qui en a vu, des têtes et des gondoles. Alors posons-lui nos questions. 



2 créateurs pour le prix d'1 : Laurent Noyer (à gauche) et Matthieu Mondesert (à droite)
1) Reyon est une marque 100% bourguignonne, ce qui est visiblement très important pour toi. Que t'a apporté la Bourgogne dans la mise en oeuvre de ton projet ? 

Reyon tire sa légitimité des terres de Bourgogne car la fine et le marc y sont présents depuis des siècles puisque déjà, dès le XIème, siècles les moines cisterciens utilisaient le marc pour fortifier le vin. Ils utilisaient également le marc qu'ils additionnaient à l'eau pour en faire un "cocktail" appelé le "râpé"  La chouette du logo de Reyon est une référence à la chouette symbole de Dijon. La Bourgogne a une forte culture des eaux-de-vie et des liqueurs (crème de cassis). En plus d'être une terre extraordinaire pour les vins c'est également une terre de spiritueux. La qualité des marcs et fines provenant de la vigne bourguignonne n'est plus à démontrer.

2)Bref rappel pour les novices des Spis. Quelle est la différence entre marc, fine et eau-de-vie?

L'eau-de-vie de marc naît d'un procédé de distillation du marc de raisin (tout ce qui reste du pressurage des raisins : peau, rafle et pépins); la fine, est une eau de vie élaborée à partir du "clair de lie" (la fraction de vin qui n'est pas assez claire pour être mise en bouteille) ; une eau de vie est une boisson spiritueuse dite "simple" dont le goût provient directement de la distillation (rhum, whisky, tequila, cognac, etc...)

3)Reyon vise les marchés français et anglais. Quelles sont actuellement les principales tendances dans ces 2 pays et comment Reyon pense pouvoir accompagner cette nouvelle vague / vogue?

Tom veut un Reyon, et il sait de quoi il parle...  
Aujourd'hui les eaux-de-vie françaises (hormis le "TOP 3" cognac, armagnac et calvados) ont une image vieillissante. les gens consomment moins les eaux-de-vie de fruits ou les marcs. Notre souhait est de remettre au goût du jour ces produits uniques et de (re)faire découvrir ces saveurs d'autrefois par le biais du cocktail, des long drinks notamment. Les barmen sont en attente de ces nouvelles saveurs...ça fait du bien de sortir des sentiers battus ! Les anglais qui sont les rois de la mixologie sont en demande de produits authentiques.

4) La recherche de partenaires et le travail de sourcing en amont fut colossal. Peux tu nous en raconter un peu plus sur cette étape cruciale? Comptes-tu par le soin apporté à ta sélection devenir le Capovilla bourguignon*?

Aujourd'hui nous nous fournissons en jus auprès des bouilleurs de cru, des petites distilleries artisanales qui ont un savoir faire énorme. C'est ce que les anglais appellent "les reserve forgotten casks" ou les brut de chai. Nous ne voulons pas de produits qui sont toujours les mêmes. nous recherchons des batches comme le font les grandes marques de whisky telle Port Ellen, Laphroig, Oban, toutes devenues des distilleries cultes. Nos jus sont authentiques, uniques et quand il y en a plus ....y en a plus et on en recherche d'autres ! pour nos eaux de vie blanches nous travaillons de très petites quantités, très qualitatives...être le Capovilla Bourguignon ? C'est très flatteur !

* Capovilla est considéré comme le maître de la distillation fruitière. Sa distillerie est installée en Vénétie, au coeur de la région d'origine du fameux Grappa.

5) Où et comment se procurer les produits de la marque Reyon? Est-ce qu'un particulier peut te passer une commande directe à l'unité et quelle est à peu près ta gamme de prix TTC ?

Nos produits sont exclusivement distribués chez les cavistes et les CHR haut de gamme. pas de vente directe. nos prix oscillent entre 70€ et 100€ selon les produits. du reste nous allons bientôt mettre sur le marché un marc Bourgogne de 40 ans d'âge....une merveille !

6) Aujourd'hui est le jour "Un" de l'écriture de ta légende. Les lecteurs de Melon de Bourgogne te souhaite bonne chance. Mais une question nous taraude. L'appellation eau-de-vie du pays Nantais est en voie de disparition car plus aucun vigneron ne la revendique. Qu'en penses tu et est-ce Reyon serait intéressé de relancer ce spiritueux historique?

Et pourquoi pas ? il y a de la place pour tout le monde. ces vielles eaux-de-vie ont leur place. Les consommateurs commencent à en avoir un peu marre de boire toujours les mêmes produits et les barmen également. Il faut renouveler tout ça : vous avez des eaux de vie cidre, de poiré, etc....d'ailleurs la fine de Bretagne gagne en reconnaissance. si un distillateur local veut me contacter c'est avec plaisir.

Pour en savoir plus sur cette (chouette) marque :



http://www.reyon.fr/
https://www.facebook.com/pages/REYON/1375377586068322

mercredi 28 mai 2014

Le Vigneron du Futur / Première partie : le bâtisseur d'une marque mondiale

Au moment où caracole en tête des ventes un livre dont le titre résonne comme un pied-de-nez à l'actualité électorale*, au moment où la France vient de perdre son hégémonie de première nation consommatrice de vin au profit des Etats-Unis, au moment où j'achève la lecture d'un chef-d'oeuvre magistral de la littérature portugaise dont la quatrième de couverture précisait déjà "tu n'auras pas de terre à toi sauf celle de ta sépulture"**, me vient l'envie de poser cette question : qui sera le vigneron de futur ?

Around the world, Around the World...

copyright @ zerochan / yamato
Vous le savez bien : je ne suis pas de ceux qui noircissent le tableau. Pour autant, les derniers chiffres de l'OIV sont clairs : en 2013, la production mondiale est en hausse de 9.4% alors que la consommation mondiale baisse de 1%. Si cette conjoncture actuelle venait à s'installer dans le temps, l'intensification de la concurrence serait telle qu'un certain nombre de vignerons devrait se résoudre à jeter l'éponge...incapables de tenir la tension sur les prix, normale dans ce type de contexte.

Car oui, le marché est mondial, et nous dépendons désormais du plombier polonais qui prend ses premiers cours d’œnologie comme du touriste brésilien qui prépare sa route des vins. D'ailleurs, pourquoi empêcher ce dernier de préférer les bulles de Miolo à nos méthodes traditionnelles?  Pour l'Histoire, pour le Terroir, ou parce que notre vin serait "meilleur à boire" ? Dans tous les cas, il faudra être convaincant. Ce qui implique de bien connaître le consommateur final et de communiquer le plus directement avec lui.

Qui sont-ils ? 
copyright @ my évenement-35.com
Vous voyez peut-être où je veux en venir. Le vigneron d'aujourd'hui, à la fois observateur de la nature et de ses vignes, comptable, spécialiste du foncier agricole, mécanicien, parfois un peu chimiste, météorologue tous les jours, vendeur souriant et meneur d'hommes, devrait maintenant se préoccuper du plombier polonais et du touriste brésilien? Ce qui est sans doute un des métiers les plus complets du monde va le devenir davantage, soyez-en certains.

Si on regarde ce qui se passe dans l'industrie (dans le sens où le vin est un produit), nous sommes passés d'une économie où "nous fabriquions" à une économie qui "nous concevons". Le meilleur exemple est ici donné par la Chine qui parle maintenant de "designed in China" et non plus de "made in China". L'intelligence et l'immatériel prennent le pas sur le tangible et le concret dans ce qu'on appelle communément "la révolution numérique".

Le Vigneron du futur sera (aussi) un bon communiquant.

Belle initiative soutenue par Vinochromie ! Merci à Laura du Clos Montjay pour cette superbe découverte (dans la bouteille aussi:)).
Pour en revenir au vin et à notre vigneron du futur cela veut dire une chose : il devra construire sa marque, et la faire vivre. Cela passe par les réseaux sociaux et un investissement en temps qui est conséquent, sans en attendre un retour nécessairement immédiat. Car le vigneron du futur serait bien avisé d'attendre, comme pour sa vigne, la troisième feuille...avant de tirer des conclusions hâtives sur ce qui marche ou ne marche pas.

*L'Arabe du futur de Riad Sattouf (éd. Allary)
**Relevé de terre, José Saramago, prix Nobel de littérature 1998 (éd Points)

mardi 1 avril 2014

Manuel Valls : la revanche du Grenache (face au melon!)

C'était donc ça ! Les petites tractations à l'Elysée, l'affaire Bonarda, le (Concha y) taureau marqué au fer dans la campagne camarguaise, non loin des Costières ! Que de manœuvres intestines, entre louvoiement de premier-ministrable et confiance dopée à la mélanine, pour nous imposer SON RAISIN CATALAN : le grenache blanc. On peut dire qu'il assume, le Manuel : "Tu me mets de la Garnatxa blanca, du white grenache, quoi!". Et du raisin à la raison, vous savez, il n'y a qu'un pas !
Heureusement, le MUSCADET, via son ex-ambassadeur au charisme ravageur, n'a pas dit son dernier mot ! Allez, Jean-Marc Ayrault, en avant le Melon. (Jean-Marc Hérault, comme cela aura fait plaisir au Picpoul...)

Tu me vides toutes les bouteilles de Muscadet, j'en veux plus une à Matignon! Grenache blanc les amis, y salud a todos!

mercredi 12 février 2014

Rafraichissant Salon des Vins de Loire !

Le Salon des Vins de Loire s'est achevé à Angers sur une note particulièrement amère, comme le rappelle très justement mon confrère Jim Budd dans son dernier post.

Verser dans pessimisme n'étant pas dans ma nature, je préfère souligner ici quelques bonnes raisons d'être confiant dans l'émergence d'une nouvelle génération ligérienne, aussi bien côté producteur que côté "vente en ligne". Qui sait, un Salon des Vins de Loire nouvelle génération naîtra peut-être des initiatives de ceux qui (s')investissent quand d'autres regardent trop souvent dans le rétro?

Les dessins de Rémy sont pour beaucoup dans la bonne humeur dans ce post! Merci Rémy et ne travaille pas trop...
Côté producteur, comment ne pas remarquer les débuts en fanfare d'Eric Santier au domaine Dozon. Cet ancien cadre de la Sopexa a fini par remonter le cours de la Loire pour atterrir à Chinon, après bien des océans d'aventure. 2014 est son premier millésime en tant que vigneron et il devra faire briller des terroirs très prometteurs. Celui du "Clos du Saut au Loup" sur des côteaux argilo-calcaire donne un vin tout en concentration de fruits noirs mais avec le côté digeste et équilibré que l'on recherche dans un vin de Loire. Aérien. Voilà une ligne de conduite qui devrait rappeler l'ancienne vie d'Eric. Bon vent camarade*!

Côté vente en ligne, je dois absolument vous parler de Demain les Vins, un site web né d'une belle amitié et piloté par Matthieu Mondésert et Benoît Perrot. Matthieu, dont l'enfance et le coeur forézien nous rappelle que la Loire est une terre d'entrepreneur, a lancé en fin d'année 2013 ce site qui a pour particularité de soutenir les vignerons en devenir par un système de parrainage. Le principe est simple : lors d'une vente de parrainage, la marge commerciale est entièrement reversée au néo-vigneron qui peut ainsi investir dans son projet. Belle initiative : semer les graines de demain et les accompagner jusqu'à la levée. Complètement raccord avec une agriculture (et une viticulture) de plus en plus connectée**. Par ailleurs, Matthieu et Benoît s'appuient sur une sélection très pointue de grands noms du vignoble Français (en attendant la Suisse très bientôt), de nature à faire rêver tout œnophile qui se respecte. Leurs exclusivités sont proposées en vente privée tout au long de l'année : Stéphane Tissot (Jura), Bruno Clair (Marsannay), Alain Voge (Cornas), Rémi Jobard (Meursault) leur ont déjà fait confiance, en attendant la suite...

Je n'ai qu'un mot à vous dire. Foncez soutenir la jeunesse qui croie en l'avenir d'une viticulture engagée et indépendante :  Demain les Vins


trio
Trois garçons plein d'avenir ! copyright "Demain les Vins"
Sur ce, terminons ce message "anti-crise" par une citation d'un poète anglais dont certains gagneraient à s'inspirer :

« L'optimiste est l'homme qui regarde vos yeux. Le pessimiste, l'homme qui regarde vos pieds. »

Hasta la vista! Nicolas

*Et merci à Cécile Thomas pour m'avoir aiguiller vers les vins du Domaine Dozon.
** Je suis toutefois le premier à reconnaître que mon sécateur n'est pas orienté par Twitter. Le bon sens paysan reste notre plus fidèle atout quand il s'agit de guider une entreprise vers sa réussite.

jeudi 9 janvier 2014

Et au milieu coule la Vendée (et les vins de la cave Brégeon)

Au sud de Clisson, vous quittez le pays du Muscadet par la D755. Changement de décor. C'est à regret que vous laissez le vignoble dans le rétroviseur en vous disant qu'il vous faudra attendre Cognac pour revoir un cep. Vous êtes triste donc vous allumez BFM Business pour écouter Alain Marty. Cela vous déprime encore plus. Alors vous décidez de faire une pause, une vraie, en plein bocage. "Si votre bocage se rapporte à votre plumage.." non pas ça. Vous passez le panneau "St Martin des Noyers" et garez le Scénic en face de l'Eglise, "ma foi toute croquignollette". Avec de la chance, vous pourrez peut-être acheter la RVF à la presse-bar-tabac, en face. 



Mais la presse-bar-tabac est fermée. Décidé coûte que coûte à assouvir votre quête de vin, vous arrêtez donc le premier autochtone en vue, gosier sec et palais affûté. "Avec sa soutane, il devrait au moins me dégoter un bon petit vin de Messe". Mais ce jeune homme au sourire engageant n'est pas un prêtre, c'est Maxime Brégeon. Maxime Brégeon de la cave éponyme, le caviste qui va mettre fin à votre angoisse, le caviste qui va dynamiter vos clichés.   

Vous écoutez Maxime sur la route de la cave. Il vous promet de beaux flacons ligériens, vous buvez ses paroles. Il vous raconte l'histoire de cette PME familiale un modèle d'adaptation à l'économie locale devenue aujourd'hui l'économie de marché pour tout le monde. " Mon grand père Michel puis mon père Jean-François ont développé la vente de vins fins tout en continuant la vente de vrac (avec encore aujourd'hui une forte demande pour préparer les apéros maison, la fameuse trouspinette), mais nous voyageons aujourd'hui très souvent à travers les vignobles de France, à la recherche de petites pépites, dans une fourchette de prix raisonnable bien sûr". 

Il est 13h et il fait soif d'un bon petit verre de blanc, justement. Et puisque vous êtes dans le Val de Loire, autant rester ligérien. Maxime ne va pas spontanément vers un fief vendéen mais son amour de la province est grand car il laisse la place aux autres, à l'autre. Il finit par vous convaincre de vous laisser séduire par une jeune italienne. Un hors-sujet? Vous n'en demandiez pas tant.  


Laura Semeria - Domaine de Montcy (Cheverny) 


"Tout le monde sait que Cheverny c'est le château de Moulinsart avec deux ailes de chaque côté. Mais tout le monde ne sait pas que c'est à Cheverny, au domaine de Montcy, que Laura Semeria a fait son nid après avoir quitté l'Italie. Elle a aussi changé de vie, troquant le costume du cadre pour les bottes de vigneronnes (les fameuses drink-me boots). Depuis, elle y produit un Cheverny blanc où le sauvignon s'allie au chardonnay pour un assemblage gourmand à souhait. " Maxime est loquace quand il s'agit de son choix de cœur...

C'est alors qu'en pleine confiance, il vous sort un Sancerre et vous en parle avec la gouaille du bistrotier sûr de son fait. C'est moins glamour que l'Italienne mais il faut avouer que cette cuvée glisse parfaitement en bouche. Vous êtes sous le charme. De la Vendée? 

Vous laissez Maxime vous en dire un peu plus... 

Vincent GaudrySancerre tournebride 

"Si nul n'est censé ignorer la Loire n'oubliez pas que la liberté de boire ne s'use si l'on ne Sancerre ! Et si je fais des jeux de mots moisis Vincent Gaudry élabore quant à lui de grands vins dans son petit domaine Sancerrois de Sury en Vaux. Dans le patois local le nom de ce village signifie « la vallée qui sourit ». Le sourire c'est exactement ce qui nous vient aux lèvres après avoir goûté son Sancerre Tournebride. Une petite merveille de sauvignon délicat, fin et équilibré." 

Vous avez déjà validé cette trouvaille. Comme les autres et celles à venir, comme cette rencontre providentielle hors du spectre de wine-searcher, du guide rouge ou du guide violet. Vous pensiez partir mais finalement vous allez rester. Vous êtes conquis par la Vendée. Quelque chose comme le bonheur vous envahit. Remerciez votre nouveau caviste, l'illustre Maxime Brégeon!


Pour voir Maxime au Salon des Vins de Loire VOTEZ ici : http://goo.gl/s4NTF4

dimanche 17 novembre 2013

Camarades, au travail!

Etape 1/4 : la motivation

Voici un fait que j'aime rappeler aux amateurs de vins. Derrière l'iceberg de belles quilles dégustées avec lyrisme et emphase se cachent de petites mains qui travaillent à la chaîne pour les mettre en bouteilles. La vigne se transforme alors en petite usine, une usine à la bonne franquette tout de même. Nous sommes les pêcheurs barbus qui mettent en boîte leurs sardines. Nous sommes la laitière adolescente qui remplit ses pots. Nous sommes une image d'Epinal, mais une vraie. Nous sommes les derniers artisans de 2013. Nous sommes les poilus en guerre contre la toute puissance de la finance. Nous, les Soviet, épanouis par le travail qui donne sens à notre vie.


Etape 2/4 : la compréhension

Schématiquement, les vignerons aisés disposent de leur propre groupe d'embouteillage, et les plus ric-rac le partagent en CUMA, ou Coopérative d'Utilisation du Matériel Agricole. C'est beau la CUMA, quand chacun entretient correctement  le matériel, comme si c'était le sien. C'est pas toujours le cas de notre bon vieux groupe, un Butrot je ne sais quoi : parfois les étoiles, celles qui accompagnent les bouteilles dans leur parcours vers la plénitude, sont mal réinstallées (pensez que les étoiles sont le prolongement de la main du vigneron...) ; on a aussi vu le câble de frein de la remorque supportant le groupe sectionné, et là c'est légèrement plus grave...


Etape 3/4 : la répétition

Bref, on est là pour une, deux, trois demi-journées....2400 bouteilles par heures, huit à neuf heures par jour, et moi je me trouve bien souvent au tout début de la chaîne, à dépalettiser les bouteilles six par six (quand j'aurai plus d'expérience je tenterai de les sortir par huit mais il est encore trop tôt ....). Elles passent dans mes mains, je les mets debout sur le tapis, sans les voir. Elles disparaissent ensuite vers la rinçeuse, puis la remplisseuse et enfin la boucheuse. Elle passe du rien au tout, pour elle la vie devient heureuse...

Etape 4/4 : la lévitation (puis retour immédiat à l'étape 1) 

Quant à moi, le bruit du groupe ne permet que peu de discussion avec les collègues, les camarades de fortune, et je me retrouve donc seul à longueur de journée, avec des milliers de bouteilles qui arrivent par vagues successives de 600...En bon stakhanoviste, je pose alors mon cerveau sur la plage et laisse le tube du jour passer en boucle dans mes oreilles. Un petit refrain brésilienErnestine, les rythmes endiablées d'André 3000, jusqu'à l'épuisement progressif de la playlist, jusqu'au vide total....la méditation silencieuse...je suis un tronc d'arbre abandonné dans le désert....la surface d'un lac...la neige qui repose en haut du Kilimandjaro...les disques de relaxation de ma mère...une caissière de Natures et Découvertes...je ne pense plus...bref je suis zen. "Eh , oh , la pompe, tu débranches la pompe?" Cela n'aura duré que quelques secondes.

dimanche 10 novembre 2013

Conseils à Rafa, futur vigneron à Majorque (ou comment ne plus tailler la vigne comme un manche)

Comme lui, j'ai appris à mettre mon grip avant de savoir affûter mon sécateur. Comme lui, j'ai transpiré sur des courts ensoleillés avant de tailler la vigne sous des trombes d'eau glacée. Comme lui, j'aime mon métier et j'ai plein de toc quand je m'apprête à servir (le vin, bien sûr). Mais la comparaison s'arrête là, car moi je sais beurrer une tartine*.

Pas content Rafa? Vivement la reconversion!
crédit photo : welovetennis.com
RAFA AVANT
Rafael le sait bien, je lui ai dit, que son incroyable mental et sa persévérance à toute épreuve lui seront fort utiles pour sa reconversion. Après avoir enchaîné les gammes de revers liftés il devra bien positionner son sécateur pour ajuster sa coupe, celle franche et qui fait mouche du premier coup. Point gagnant.

RAFA APRES
"On attaque au petit jour. Chaque nouvelle campagne de taille commence avec la même émotion : la certitude que se joue là, non seulement  la récolte de l'année mais également celles des suivantes. En effet, c'est ce qui se passe dans la tête du vigneron qui prépare le coupe de sécateur" Un conseil d'Henri Jayer, ca vaut largement ceux de l'oncle Tony, n'est-ce pas mon cher Rafa?

Le coup de sécateur parlons-en justement. Pas question de partir en lasso comme avec ton coup droit. Obligation d'être direct, net et précis. Rigueur-méthode, ça te dit quelque chose? Moi, à la hauteur de ma modeste expérience de vigneron, je te l'avoue, j'ai rarement vu plus technique comme opération de la vigne. Direction donc ton nouveau court d'entraînement, tes parcelles de terre labourée près de Manacor, car il faut bosser dur et maintenir l'effort. L'intensité dans l'entraînement est une des clés de la réussite mais pour ce qui est de l'intensité, je te fais confiance. N'oublie pas la précision tout de même. La pointe dans l'espace pour aller chercher le gourmand, la contre-lame en appui le long du cep, ta main droite en soutien pour les coupes les plus exigeantes. Les automatismes viendront avec le temps. Et chaque fois tu positionneras ton sécateur pour une coupe plus blanche, une coupe plus propre. Tu apprécieras le goût du travail bien exécuté après des choix tactiques judicieux. Car oui, tu n'as pas tapé des millions de balles jaunes pour rien. Ce fut même une excellente préparation au moment d'aborder ta reconversion.


Vignes à Majorque. Crédit photo : Catavino

Alors que vas-tu planter sur ton île natale? Des cépages locaux, des rouges épicés comme le Callet, ou un peu plus légers comme le Manto Negro? Ou un petit blanc délicatement aromatique comme le Premsal, oui c'est pas mal pour un début ça, un petit blanc. Pour accompagner tes tartines au petit-déjeuner ou un bon bol de pâtes-carbo en souvenir de tes exploits tennistiques, je ne vois pas mieux en tout cas**.

Rafa en privé. Le secret d'un régime alimentaire équilibré***.
* Référence à un "incident" qui a eu lieu la veille de son deuxième match de poule au Masters de Londres. Nadal se coupa un doigt en voulant beurrer sa tartine desayunesque. Il faut dire que Rafa est un inconditionnel des tartines, ce qui lui valu plusieurs articles dans la presse "spécialisée".

** Cet article a éveillé votre intérêt pour les vins de Majorque et vous voulez en savoir plus : alors par ici  ou par .

*** La campagne pour Baccardi n'aura finalement été qu'un galop d'essai. Rafa proche de son île, proche de son peuple, un ambassadeur et un vigneron. Car si les champions boivent avec modération, les ex-champions....

dimanche 6 octobre 2013

De l'autre côté de la Loi Evin

Il y a 15 jours, nous vignerons et amoureux du vins, ne sommes pas passés loin du pire : http://www.cequivavraimentsaoulerlesfrancais.fr/#slideshow

Mais, il y a 15 jours, j'étais aux Etats-Unis, et de l'autre côté du mur (qui, comme tous les murs un jour tombera) j'ai vu ça :



Pas toujours de quoi se féliciter mais avouons que la pub est "raccord". Jusqu'ici félicitons M.Evin de nous avoir épargner les deux (Paris + vin en canette) .

Sur celle-ci, les bulles italiennes sont à l'offensive dans une posture tout aussi provocatrice...la marque "Champagne" étant citée, j'imagine que le CIVC est déjà à l’affût! Champenois, champenoises, A l'abordage!



Non, vous ne rêvez pas: un message de santé publique incitant les fumeurs à délaisser leur cigarette pour mieux apprécier les arômes du vins dans les wine bar! Voilà qui se conçoit...



"Un dernier verre chez moi?", classique mais efficace (Italien encore mais impossible en France, non impossible, vraiment)



Domaine californien. Ma préférée. "Faîtes comme les Français, rendez-vous". Ou laissez-vous faire, au choix. Bonne illustration de la Loi Evin au passage...



Avondale wine n'y va pas par quatre chemins, et s'éloigne encore plus des vendanges à la machine. Vin nature, vous avez dit? Pour les yeux alors...mais je ne voudrais pas avoir l'air racoleur alors arrêtons-nous simplement à la contemplation de ce très beau panier en osier...



Scarlett et Moette : une vieille campagne, indiscutablement passible de sanctions pénales dans notre cher pays. Mais comme chacun le sait, nous sommes déjà sur une autre planète. Celle où les industriels dictent leur loi par des messages publicitaires.

Alors, Evi(L)n or not Evi(L)n? That is the question.

 MESSAGE SANITAIRE : L'alcool est dangereux pour la santé, consommez avec modération.